En République démocratique du Congo, la défense de l’environnement et des droits fonciers demeure une activité à haut risque. Dans un rapport publié le 23 juin 2026, l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) dresse un tableau préoccupant des violences commises contre les militants écologistes et défenseurs des terres entre le 1er août 2025 et le 31 mars 2026.
Intitulé « Répression et attaques contre les défenseurs militants fonciers et climatiques », le document révèle qu’au moins douze défenseurs de l’environnement ont été tués dans six vagues d’assassinats recensées durant cette période.
Parmi les cas emblématiques documentés figurent celui de John Ntuyenabo Habimana, militant climatique et défenseur foncier, assassiné le 12 janvier 2026 dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, ainsi que celui de Malo Dra Désiré, président de la société civile du territoire de Djugu, en Ituri, tué le 4 février 2026.
Outre ces assassinats, l’ACEDH rapporte plus de seize affaires impliquant des écogardes et militants environnementaux. Le rapport fait également état d’arrestations arbitraires, de procès jugés inéquitables, de menaces et d’actes d’intimidation visant même des avocats engagés dans la défense des causes environnementales. Au total, plus de 31 cas de violations des droits humains ont été documentés.
Alors que la RDC est considérée comme un acteur stratégique dans la lutte mondiale contre le changement climatique grâce à ses forêts, ses ressources naturelles et son potentiel dans la transition énergétique, les défenseurs de ces ressources continuent d’évoluer sans garanties suffisantes en matière de sécurité.
Selon l’organisation, ce paradoxe traduit un rétrécissement de l’espace civique, au moment même où le pays renforce ses ambitions climatiques sur la scène internationale.
Sur le terrain, les tensions sont exacerbées par la confrontation entre les communautés locales et les intérêts économiques liés aux secteurs minier, pétrolier et foncier. Défendre les forêts, les terres ancestrales et les ressources naturelles revient souvent à s’opposer à des intérêts puissants, exposant ainsi les militants à de graves risques.
Pourtant, rappelle l’ACEDH, la République démocratique du Congo dispose d’un arsenal juridique important. La Constitution du 18 février 2006 garantit notamment le droit à un environnement sain à travers ses articles 53, 54 et 55. La loi-cadre sur l’environnement, modifiée en 2023, ainsi que les lois relatives à la conservation, renforcent également la protection des ressources naturelles.
Cependant, l’organisation souligne l’existence d’un fossé important entre les dispositions légales et leur application effective sur le terrain.
L’ACEDH estime que la concrétisation de la vision de la « RDC, pays solution » passe nécessairement par la protection des défenseurs environnementaux. Elle appelle les autorités à garantir les libertés d’expression et de réunion, à assurer la sécurité des militants et acteurs de la société civile, à faciliter l’accès à la justice pour les victimes et à encourager la participation citoyenne dans la protection de l’environnement.
Pour l’organisation, protéger les défenseurs de l’environnement revient à préserver l’avenir de la République démocratique du Congo et à contribuer à la sauvegarde de l’équilibre climatique mondial.
