À l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite des drogues, célébrée chaque 26 juin, les professionnels de santé de Goma tirent la sonnette d’alarme sur l’augmentation de la consommation de stupéfiants chez les jeunes. Cette journée, instituée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1987, vise à renforcer la coopération internationale et la sensibilisation afin de construire une société affranchie de l’abus des drogues.
Dans plusieurs quartiers de Goma, notamment aux alentours du site communément appelé « Miami » et dans certains secteurs du centre-ville, des jeunes sont régulièrement aperçus en train de consommer diverses substances psychoactives. Certains inhalent du Patex, de l’essence ou d’autres produits toxiques, tandis que d’autres vivent de la récupération et de la vente de débris métalliques, dans un contexte marqué par la précarité sociale.
Lire aussi : Le Chili devient le premier pays des Amériques à éliminer la lèpre, selon l’OMS
Pour les professionnels de santé, cette situation constitue une véritable urgence sanitaire. Interrogée par La Prunelle RDC, la docteure Daniella Bandu explique que la consommation de drogues entraîne une forte dépendance ainsi que de graves troubles psychiques.
« La consommation de ces substances engendre une dépendance sévère et des troubles du comportement majeurs, notamment l’anxiété, la dépression, les hallucinations et parfois des épisodes psychotiques aigus », explique-t-elle.
Selon elle, les conséquences touchent également plusieurs organes vitaux.
« Nous observons une augmentation des risques de maladies cardiovasculaires ainsi que des lésions importantes du foie, des reins et des poumons, pouvant conduire à un décès prématuré », ajoute la médecin.
La spécialiste souligne que les adolescents et les jeunes restent les plus exposés aux effets de ces substances.
« La drogue altère la capacité de concentration, la mémoire et le jugement dès le plus jeune âge », précise-t-elle.
Elle avertit également que certaines séquelles neurologiques peuvent persister même après l’arrêt de la consommation.
Au-delà des conséquences médicales, les spécialistes estiment que la consommation de drogues favorise aussi la déscolarisation, la marginalisation, l’exclusion sociale et la précarité économique de nombreux jeunes.
Cette problématique s’inscrit dans un contexte mondial préoccupant. Selon les Nations unies et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la consommation de drogues ainsi que le nombre de substances disponibles sur les marchés illicites continuent d’augmenter. La production et la consommation de cocaïne progressent, tandis que les drogues de synthèse gagnent du terrain en raison de leur faible coût de fabrication et des difficultés de détection.
Les Nations unies soulignent également que les réseaux criminels exploitent de plus en plus les nouvelles technologies pour élargir leurs marchés, recruter de nouveaux consommateurs et développer un trafic qui génère des milliards de dollars chaque année.
Face à cette situation, la docteure Daniella Bandu appelle les autorités, les familles, les établissements scolaires et les organisations de la société civile à renforcer les actions de prévention, de sensibilisation et de prise en charge des personnes dépendantes. Pour elle, la lutte contre les stupéfiants passe par une réponse collective afin de protéger durablement la jeunesse.
Salomon Kwiraviwe
