Maniema : la Société Civile dénonce des activités minières illégales aux abords du Parc national de la Maïko

Site d'exploitation de minerais à Mwenga

La Société civile Forces vives du Maniema, coordination territoriale de Lubutu, dénonce des activités d’exploitation minière illégale menées à proximité du Parc national de la Maïko, dans une lettre ouverte datée du 25 septembre 2026.

Dans ce document, adressé à l’ensemble des autorités et acteurs impliqués dans la gestion du parc, Mutoro Mumbere Jean-Pierre, Président de la Société Civile de Lubutu, pointe du doigt les autorités et services ayant délivré des permis jugés illégaux, des sociétés minières chinoises et d’autres exploitants forestiers, ainsi que des agro-industriels, éleveurs, braconniers et trafiquants d’espèces protégées opérant dans la zone.

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Un parc classé au patrimoine mondial en péril

Le Parc national de la Maïko s’étend sur 10 885 km², à cheval sur les provinces de la Tshopo (territoire de Bafwasende), du Maniema (territoire de Lubutu, secteur de Bitule) et du Nord-Kivu (territoire de Walikale). Créé par ordonnance en 1970, ce site du patrimoine mondial de l’UNESCO est inscrit sur la liste du patrimoine en péril depuis 1997.

Selon la société civile, il s’agit du seul parc au monde abritant simultanément le gorille de Grauer, l’okapi et le paon congolais. Le parc constitue également le château d’eau des rivières Lindi, Lohololo et Oso, et compte environ 300.000 habitants riverains, dont des populations pygmées.

La structure rappelle qu’un communiqué du ministère des Mines, publié le 2 juin 2026, a suspendu à titre conservatoire deux permis de recherche, détenus par les sociétés Stone Mining et Xin Hong, pour des activités jugées illégales dans les zones contiguës au parc, à Lubutu. Cette décision constitue, selon la coordination, une reconnaissance officielle de la menace qui pèse sur le site.

Trois volets de menace dénoncés

Dans sa lettre, la Société civile développe trois axes de préoccupation.

Sur le plan écologique, elle affirme que la zone tampon de 10 kilomètres, prévue par la loi relative à la conservation de la nature, a été détruite dans les localités d’Omate (Bafwasende) et de Bitule (Lubutu).

Elle évoque notamment l’utilisation de dragues dans le lit de la rivière Lindi, à 1,5 kilomètre du parc, la déviation de la rivière Lohololo, ainsi que l’usage de mercure. Selon la structure, une pollution de la Lindi menacerait l’ensemble de l’écosystème de la Maïko, en compromettant le corridor écologique reliant les parcs de la Maïko, de Tayna et de Kahuzi-Biega.

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Sur le plan juridique, la société civile affirme que les sociétés concernées opèrent avec de simples permis de recherche, alors qu’elles exerceraient des activités d’exploitation, ce qui contreviendrait au Code minier.

Elle relève également l’absence d’études d’impact environnemental et social, de plans de gestion environnementale et sociale, ainsi que l’absence de consentement libre, informé et préalable des communautés locales concernées. L’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) n’aurait, par ailleurs, jamais été consulté, comme l’exige la législation en vigueur.

Sur le plan social et sécuritaire, la structure évoque un risque de conflit, en rappelant que les concessions forestières des communautés locales constituent des titres fonciers inaliénables, valables 25 ans. Elle affirme que l’exploitation illégale d’or dans la zone contribuerait au financement de groupes armés Mai-Mai Simba, responsables de l’insécurité dans le secteur de Bitule.

Des recommandations aux autorités compétentes

Au regard de ces éléments, la Société civile Forces vives du Maniema, coordination territoriale de Lubutu, dénonce et condamne la violation des textes légaux relatifs à la conservation de la nature.

Elle recommande aux autorités compétentes l’application stricte de l’arrêté ministériel du 2 juin 2026, le retrait des permis de recherche concernés, la réhabilitation des sites d’Omate et de Bitule par les contrevenants, ainsi que la sécurisation définitive des concessions forestières communautaires, présentées comme un rempart pour la protection du parc.

Jean-Luc M.

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