RDC : la peur d’Ebola éloigne les femmes enceintes des hôpitaux, l’UNFPA redoute une crise silencieuse

Centre de traitement d’Ebola de Munigi

La propagation de la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo ne menace pas seulement les personnes infectées. Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), la peur suscitée par l’épidémie pousse de plus en plus de femmes enceintes à éviter les structures sanitaires, faisant craindre une hausse des décès maternels et néonataux pourtant évitables.

Sur le terrain, les équipes médicales observent une tendance inquiétante : de nombreuses femmes enceintes repoussent leurs consultations prénatales, évitent les centres de santé ou choisissent d’accoucher à domicile, y compris en cas de complications.

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« Lorsque le virus Ebola se propage, la peur se propage également », résument les équipes soignantes. Selon l’UNFPA, certaines femmes risquent désormais de mourir non pas à cause du virus lui-même, mais parce qu’elles renoncent aux soins capables de leur sauver la vie.

Intervenant depuis Kinshasa lors du point de presse régulier des Nations Unies à Genève, Noemi Dalmonte, représentante adjointe de l’UNFPA en RDC, a mis en garde contre les conséquences de cette méfiance grandissante envers les établissements de santé.

« La plupart du temps, on ne leur fait plus confiance, ou bien ces établissements ne sont plus considérés comme sûrs. Nous constatons déjà les conséquences de cette situation : le taux de mortalité maternelle dans la région la plus touchée par l’épidémie d’Ebola a doublé depuis le 25 mai », a-t-elle déclaré.

Sans fournir de chiffres précis sur les décès maternels supplémentaires enregistrés en Ituri, épicentre de l’épidémie, l’agence onusienne craint l’émergence d’« une deuxième crise, plus discrète, liée aux décès évitables de mères et de nouveau-nés ».

Les précédentes épidémies d’Ebola ont déjà révélé des taux de mortalité particulièrement élevés chez les femmes enceintes infectées.

« Ce taux chez les femmes enceintes infectées par le virus Ebola a atteint 90 %, et les parents font face à une mortalité élevée. La mortalité périnatale concerne la période juste avant ou après la naissance ; dans certains contextes, elle atteint 100 % », a ajouté Mme Dalmonte.

Face à cette menace, l’UNFPA concentre ses interventions sur la santé maternelle, l’accouchement, la lutte contre les violences basées sur le genre et le rétablissement de la confiance au sein des communautés.

« Nous soutenons la prévention et le contrôle des infections dans les structures de maternité en formant le personnel, en renforçant les systèmes de lavage et de gestion des déchets, et en fournissant des équipements de protection individuelle pour les procédures impliquant des liquides corporels », a précisé la responsable.

L’agence des Nations Unies insiste sur la nécessité de protéger durablement les structures sanitaires et les populations les plus vulnérables. Selon elle, si les services de maternité venaient à s’effondrer ou si les personnels de santé n’étaient plus protégés, les conséquences pourraient être dramatiques pour les femmes et les nouveau-nés. Une perte de confiance des communautés risquerait également d’éloigner davantage les patients des structures de soins.

D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus d’un mois après la déclaration de l’épidémie, la RDC comptabilise au moins 896 cas confirmés d’Ebola et plus de 232 décès. À ce jour, 78 personnes ont été guéries dans l’est du pays.

L’OMS rapporte également que 75 professionnels de santé ont été infectés depuis le début de l’épidémie, dont 17 sont décédés.

« Quand ils vous expliquent comment ils vivent cette situation, comment ils ont été contaminés… cela peut vous briser le cœur », a déclaré Marie Roseline Belizaire, directrice des opérations d’urgence de l’OMS, lors d’une visioconférence organisée depuis Bunia.

Elle a salué « l’engagement extraordinaire des intervenants de première ligne », notamment les équipes médicales, les agents de surveillance et les acteurs de la mobilisation communautaire qui travaillent dans des conditions difficiles pour détecter les cas et rétablir la confiance au sein des populations.

Malgré ces efforts, la situation épidémiologique demeure préoccupante. Des décès continuent d’être enregistrés au sein des communautés, laissant craindre que certaines chaînes de transmission échappent encore au système de surveillance.

Selon l’OMS, les besoins dépassent toujours les capacités disponibles dans plusieurs zones affectées par les déplacements de populations. L’extension du dépistage, du traitement, de la sensibilisation communautaire et des autres services essentiels demeure une priorité.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) se dit également préoccupé par les risques que représente la souche Bundibugyo pour les populations déplacées.

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Le 7 juin dernier, environ 2.250 personnes fuyant les violences à Mbau, près de Beni, ont trouvé refuge à Oicha, une zone déjà touchée par Ebola et qui accueillait plus de 14.300 déplacés.

Le HCR souligne que la peur et la désinformation compliquent davantage l’accès aux soins. Le 3 juin, des déplacés avaient temporairement empêché l’accès des équipes de riposte au site de Kpangba, en Ituri, après deux décès liés à Ebola.

« Cela illustre à quel point la méfiance peut entraver directement les interventions vitales », a averti le Dr Allen Maina, responsable de la santé publique au HCR.

Selon l’agence onusienne, plus de deux millions de personnes déplacées de force, dont plus de 320.000 réfugiés, vivent actuellement dans des zones exposées au risque d’Ebola en République démocratique du Congo, alors que les violences armées continuent dans plusieurs régions de l’Est du pays.

Jean-Luc M.

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