Nord-Kivu : la Journée internationale des peuples autochtones célébrée dans la discrétion sur fond d’insécurité

pygmées de Kasheke

La Journée internationale des peuples autochtones, célébrée chaque 9 août, n’a pas donné lieu à de grandes manifestations dans plusieurs communautés autochtones du Nord-Kivu. Faute de moyens et dans un contexte marqué par les conflits armés et l’insécurité, cette journée a été commémorée dans la discrétion par plusieurs membres de ces communautés, particulièrement dans les territoires de Rutshuru, Walikale, Masisi et Nyiragongo.

La situation sécuritaire dans plusieurs zones du Nord-Kivu rend particulièrement difficile l’organisation d’activités publiques, explique la présidente des peuples autochtones Pygmées, dans une interview accordée à La Prunelle RDC.

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Selon elle, de nombreux membres de ces communautés vivent dans des zones forestières aujourd’hui affectées par les violences et les déplacements de populations. La guerre a profondément bouleversé leur quotidien et compliqué leurs conditions de survie.

« Nos vies ne sont pas vraiment commodes. C’est très compliqué pour nous de comprendre et de survivre dans cette situation », déplore-t-elle.

Des membres tués et d’autres portés disparus

La représentante des peuples autochtones affirme également que plusieurs membres de ces communautés auraient été tués dans différentes zones touchées par les violences.

D’autres sont toujours portés disparus, laissant leurs familles dans l’incertitude quant à leur sort.

Selon elle, cette situation a fortement limité les possibilités de rassemblement et de célébration de la Journée internationale des peuples autochtones.

« Notre journée a été passée en aperçu, sans aucune manifestation par rapport au contexte que nous sommes en train de vivre. C’était vraiment difficile de célébrer cette journée », témoigne-t-elle.

Pour ces communautés, la célébration de cette journée intervient donc dans un contexte où les préoccupations liées à la sécurité et à la survie quotidienne prennent le dessus sur les activités commémoratives.

Des terres abandonnées à cause de la guerre

À l’insécurité s’ajoute une autre difficulté : l’accès aux terres et la perte des moyens de subsistance.

Avant les conflits, certaines familles autochtones disposaient de leurs propres champs et terres dans leurs milieux d’origine. Les déplacements provoqués par les violences les ont cependant contraintes à abandonner leurs biens.

Le retour dans certaines zones n’aurait pas permis à toutes les familles de récupérer leurs terres et leurs habitations.

La présidente des peuples autochtones rapporte que certaines familles revenues dans leurs milieux d’origine auraient trouvé leurs terres occupées par d’autres personnes.

« Avant la guerre, nous avions nos champs et nos propres terres. Nous avons dû nous déplacer, mais lorsque nous sommes retournés chez nous, nous avons trouvé d’autres personnes qui nous disaient que ce n’était plus chez nous et que nous devions chercher là où nous pouvions rester », explique-t-elle.

Cette situation aggrave la précarité de communautés déjà fragilisées par les déplacements et l’insécurité. La perte ou l’incertitude autour des terres signifie également, pour plusieurs familles, une perte de leurs moyens de subsistance.

Appel à la paix et à la protection des communautés

À l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, la représentante de ces communautés appelle les autorités à renforcer les mesures destinées à assurer leur sécurité et leur protection.

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Elle plaide notamment pour le rétablissement d’une paix durable dans les zones affectées par les conflits, la sécurisation des populations déplacées ainsi que la recherche des personnes portées disparues.

La question foncière figure également parmi ses principales préoccupations. Elle demande aux autorités de s’intéresser au sort des familles autochtones déplacées qui souhaitent retrouver leurs terres et leurs moyens de subsistance.

Pour ces communautés, la Journée internationale des peuples autochtones ne devrait donc pas se limiter à une célébration symbolique.

Elle constitue également une occasion de rappeler les difficultés auxquelles elles sont confrontées et de faire entendre leurs revendications en faveur de la paix, de la sécurité, de la protection de leurs terres et du respect de leurs droits.

Maria Yossa

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