Les éleveurs de bovins de la plaine de la Ruzizi, au Sud-Kivu, font face à d’importantes difficultés en cette période de saison sèche. Le manque d’eau, la raréfaction des pâturages, les maladies du bétail ainsi que les conflits récurrents avec les agriculteurs compliquent l’activité pastorale dans cette région considérée comme l’un des principaux bassins d’élevage de la province.
Le premier défi reste l’accès à l’eau. Avec l’assèchement de plusieurs ruisseaux et ravins, les bergers sont contraints de parcourir de longues distances pour conduire leurs troupeaux vers les principaux cours d’eau, notamment les rivières Ruzizi, Luvinvi et Ruvubu. Ces déplacements augmentent le risque de voir les animaux pénétrer dans les champs de maïs, de manioc ou d’autres cultures, provoquant régulièrement des tensions entre éleveurs et cultivateurs.
La diminution des pâturages constitue une autre préoccupation majeure. Plusieurs éleveurs rencontrés dans la plaine expliquent que les espaces de pâture deviennent de plus en plus rares. Ils rappellent que des zones comme Bwegera et plusieurs collines environnantes disposaient autrefois d’une végétation abondante permettant de nourrir les troupeaux. Aujourd’hui, ces espaces sont fortement affectés par la sécheresse. Les habitants attribuent cette situation aux effets du changement climatique, qui limitent la repousse de l’herbe après les feux de brousse.
Les éleveurs soulignent également que cette pénurie d’eau et de fourrage affecte directement la santé des animaux. Les bovins s’affaiblissent davantage et deviennent plus exposés à certaines maladies. Ils constatent aussi une baisse de la production laitière durant cette période, ce qui réduit les revenus des familles vivant de l’élevage ainsi que ceux des bergers dont une partie de la rémunération dépend de la production de lait.
Les incompréhensions entre agriculteurs et éleveurs demeurent par ailleurs fréquentes. Lorsque des bovins détruisent des cultures après avoir pénétré dans des champs, les cultivateurs accusent souvent les éleveurs de négligence. Ces derniers affirment toutefois que ces incidents sont involontaires et qu’ils s’efforcent de les éviter malgré les contraintes imposées par la saison sèche. Les deux communautés reconnaissent néanmoins leur interdépendance, de nombreux habitants pratiquant à la fois l’agriculture et l’élevage.
Interrogés par La Prunelle RDC, Bukuru François ainsi qu’un autre éleveur ayant requis l’anonymat appellent à une meilleure protection de l’environnement. Ils estiment que la réhabilitation des pâturages, la préservation des points d’eau et la lutte contre les feux de brousse permettraient d’améliorer les conditions d’élevage. Selon eux, un environnement mieux préservé favoriserait également la reproduction des bovins et l’augmentation de la production de lait.
Face à ces difficultés, plusieurs habitants de la plaine de la Ruzizi plaident pour un dialogue permanent entre éleveurs, cultivateurs et autorités locales. Ils estiment qu’une meilleure gestion des ressources naturelles, associée au respect mutuel entre les différentes communautés, constitue une condition essentielle pour préserver la cohésion sociale et soutenir une activité qui contribue de manière importante à l’économie locale.
