Le monde célèbre ce 22 mai 2026 la Journée internationale de la biodiversité sous le thème : « Des actions locales à l’impact mondial ». Une occasion de sensibiliser les populations à l’importance de la préservation des espèces animales et végétales, mais aussi de rappeler que les grandes transformations environnementales commencent par des initiatives communautaires.
Au Sud-Kivu, cette journée met en lumière plusieurs actions locales déjà engagées pour la protection des écosystèmes aquatiques et la préservation des ressources naturelles dont dépendent des milliers de familles riveraines.
Parmi les acteurs engagés figure le Professeur ordinaire et hydrobiologiste Pascal Masilya Mulungula, qui mène depuis plusieurs années des recherches et activités de terrain sur la biodiversité aquatique dans la province.
Dans une interview accordée à La Prunelle RDC ce vendredi 22 mai 2026, cet expert explique que plusieurs travaux d’inventaire des espèces aquatiques ont été réalisés afin d’actualiser les données sur la diversité biologique des écosystèmes du Sud-Kivu.
Selon lui, ces recherches permettent notamment d’identifier les espèces menacées, les nouvelles espèces observées ainsi que celles introduites dans les milieux aquatiques, afin de proposer des mesures adaptées de protection et de conservation.
À ces activités scientifiques s’ajoutent des campagnes de sensibilisation destinées aux usagers du lac et aux autorités locales sur les pratiques qui menacent les ressources aquatiques.
Le professeur Pascal Masilya cite notamment la pollution des eaux, les mauvaises pratiques de pêche, l’utilisation d’engins prohibés, les constructions anarchiques sur les littoraux ainsi que la dégradation des rivières qui alimentent les lacs.
Pour cet expert, ces initiatives contribuent positivement à la protection de la biodiversité aquatique, mais aussi au bien-être des populations locales.
« Ces actions améliorent la sécurité alimentaire, réduisent les risques sanitaires, renforcent la conscience environnementale et soutiennent le développement économique local », explique-t-il.
Cependant, malgré ces efforts, plusieurs défis persistent. Le chercheur déplore notamment l’insuffisance des moyens financiers et le faible accompagnement des autorités publiques dans la mise en œuvre des recommandations issues des recherches scientifiques.
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Il regrette également le manque d’appropriation des résultats scientifiques par les décideurs et les structures chargées d’appliquer les mesures de protection environnementale.
« Nous nous efforçons de rendre nos résultats de recherche compréhensibles par tous, mais les décideurs ne se les approprient pas. Du coup, les usagers du lac font ce qu’ils veulent sans être inquiétés, parfois même sous le regard complice de ceux qui devraient les sanctionner », dénonce-t-il.
Cette situation a notamment des conséquences directes sur les populations riveraines. Malgré leur proximité avec les ressources aquatiques, plusieurs habitants du Sud-Kivu éprouvent aujourd’hui des difficultés d’accès aux produits halieutiques.
Pour lutter contre cette dégradation progressive de la biodiversité, le Professeur Pascal Masilya appelle la population à une prise de conscience collective.
Selon lui, préserver la biodiversité revient avant tout à protéger le bien-être des générations actuelles et futures.
Il encourage ainsi les habitants à s’organiser en groupes d’action communautaire capables de dénoncer les pratiques nuisibles à l’environnement et de promouvoir des initiatives locales de protection des écosystèmes.
Parmi les actions concrètes proposées figurent notamment les campagnes régulières de ramassage des bouteilles plastiques et déchets flottants sur le lac, le débouchage des caniveaux, la création de coopératives de pêcheurs chargées de lutter contre les techniques de pêche interdites, ainsi que la limitation des déversements directs des eaux usées dans les lacs et rivières.
« Que ceux qui vivent aux abords du lac évitent de déverser directement les effluents ménagers non traités dans les eaux. Que les pêcheurs s’organisent pour traquer les utilisateurs d’engins prohibés et les pêcheurs qui exploitent les zones interdites », insiste-t-il.
À l’occasion de cette journée internationale, son message reste centré sur la responsabilité collective dans la préservation de la biodiversité.
« Notre existence et notre bien-être dépendent étroitement de la manière dont nous prenons soin de notre biodiversité. Adoptons dès lors des attitudes qui ne la menacent pas », conclut-il.
Instituée par les Nations unies en 1993 et célébrée chaque 22 mai depuis l’an 2000, la Journée internationale de la biodiversité vise à promouvoir la protection des écosystèmes et la gestion durable des ressources naturelles à travers le monde.
