RDC : Amnesty International dénonce des exactions contre des mineurs et un trafic d’or et de coltan vers le Rwanda

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Amnesty International accuse le M23 d’avoir commis de graves atteintes aux droits humains contre des mineurs artisanaux dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tout en organisant, selon son enquête, des circuits d’exportation illégale d’or et de coltan vers le Rwanda. Dans une nouvelle synthèse publiée ce 21 septembre 2026, l’organisation affirme que certaines de ces exactions et l’appropriation des ressources minières pourraient constituer des crimes de guerre au regard du droit international.

Intitulé « RDC : “On n’est pas là pour jouer.” Atteintes aux droits humains commises par le M23 dans des mines artisanales et trafic d’or et de coltan vers le Rwanda », le document porte notamment sur deux sites miniers : Rubaya, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, où est exploité du coltan, et Lomera, dans le territoire de Kabare, au Sud-Kivu, où l’or est exploité. Amnesty dit y avoir documenté des exécutions sommaires, des actes de torture et autres mauvais traitements, des détentions arbitraires, du travail forcé, des recrutements forcés et des pillages.

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Selon l’organisation, des combattants du M23 auraient contraint des mineurs à travailler dans les galeries, parfois pendant plus d’une semaine sans interruption, afin d’extraire des minerais destinés à alimenter les circuits contrôlés par le mouvement.

« Le M23, qui est soutenu par le Rwanda, commet de terribles exactions contre les mineurs artisanaux dans l’est de la RDC, exactions qui pourraient constituer des crimes de guerre », affirme Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International. Elle estime également que les minerais seraient acheminés illégalement vers le Rwanda, qui continuerait ainsi, selon l’organisation, à tirer profit des ressources minérales congolaises.

18 mineurs auraient été exécutés

Dans son enquête, Amnesty International affirme avoir recueilli des informations concernant l’exécution sommaire de 18 mineurs artisanaux sur les sites de Rubaya et Lomera.

Selon les témoignages recueillis auprès de proches et de témoins, 10 victimes auraient été frappées à mort, deux tuées par balle et six enlevées avant d’être retrouvées mortes.

L’organisation cite notamment le cas d’Evariste*, un mineur de 22 ans et père d’une fillette d’un an. Un témoin cité dans le rapport décrit l’état dans lequel il aurait été retrouvé après les violences.

Amnesty rapporte également le témoignage d’un mineur qui affirme avoir assisté à la mort de son frère, frappé à la poitrine avec une pioche. Après avoir dénoncé l’auteur présumé, il aurait été détenu puis contraint de travailler pendant deux semaines dans la mine sans rémunération.

Torture, détentions et travail forcé

L’enquête fait également état de témoignages de 16 personnes, parmi lesquelles des mineurs et des civils vivant à proximité des sites miniers, qui disent avoir été torturées ou maltraitées par des combattants du M23 ou par des gardes collaborant avec le groupe armé.

Certains témoignages font état de passages à tabac ayant entraîné des pertes de connaissance. Des mineurs auraient également été frappés lorsqu’ils demandaient des pauses, refusaient de remettre leur production ou ne respectaient pas les ordres qui leur étaient imposés.

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Un superviseur cité par Amnesty raconte notamment qu’à la sortie d’un puits, des hommes armés auraient menacé des travailleurs de mort s’ils refusaient de remettre le sable minéralisé extrait.

À proximité de Rubaya, l’organisation affirme également avoir identifié trois conteneurs utilisés comme lieux de détention. Un témoin dit avoir entendu des détenus crier pendant qu’ils étaient torturés.

À Lomera, quatre hommes auraient par ailleurs été arrêtés pour avoir été soupçonnés de communiquer avec les autorités de Kinshasa ou d’entretenir des liens avec les Wazalendo.

Amnesty fait aussi état de cellules souterraines appelées « ndake », dans lesquelles plus de 20 mineurs de Rubaya auraient été détenus et frappés à plusieurs reprises chaque jour.

Des mineurs menacés de recrutement forcé

Selon la synthèse, les sites miniers auraient également servi de lieux de recrutement forcé.

Sept mineurs interrogés par Amnesty auraient expliqué que le M23 incarcérait certains travailleurs et les menaçait de les envoyer dans un camp d’entraînement militaire s’ils ne payaient pas les rançons exigées.

L’organisation estime que ces pratiques s’inscrivent dans un système de contrôle des populations et des activités minières dans les zones concernées.

De l’or de Lomera acheminé par bateau vers le Rwanda

Amnesty International affirme également avoir documenté des circuits d’exportation clandestine d’or à partir de Lomera.

Selon les témoignages recueillis et les éléments analysés par le Laboratoire de preuves de l’organisation, de la terre aurifère extraite sur le site était chargée dans des bateaux au port de Lomera.

Les sacs contenant cette terre aurifère auraient ensuite été transportés par bateau jusqu’à Kamembe, dans la province de l’Ouest du Rwanda, où ils seraient déchargés dans un point de collecte habituellement utilisé pour le sable destiné à la construction.

Un mineur congolais cité dans le rapport affirme avoir vu des groupes envoyés par le M23 récupérer du sable minéralisé dans différents puits avant de l’acheminer vers le lac et de le charger dans de petites embarcations en direction du Rwanda.

Un autre mineur évoque quant à lui des bateaux chargés de « robotas », terme utilisé pour désigner les sacs contenant la terre aurifère.

Amnesty évoque un possible pillage constitutif d’un crime de guerre

Sur la base des éléments recueillis, Amnesty International estime que l’appropriation de l’or et du coltan par le M23 pourrait constituer un pillage, une infraction susceptible d’être qualifiée de crime de guerre.

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L’organisation estime également que l’ampleur du trafic vers le Rwanda, ainsi que la présence de ressortissants rwandais sur les sites miniers, soulèvent des questions concernant l’implication éventuelle de responsables rwandais.

« Cette enquête doit faire prendre conscience au Rwanda que ses citoyen·ne·s peuvent voir leur responsabilité pénale engagée au niveau international pour avoir facilité le trafic de minerais pillés », déclare Agnès Callamard.

Elle ajoute que l’État rwandais pourrait également voir sa responsabilité engagée si les ressortissants rwandais présents sur les sites miniers agissaient sous sa direction ou son contrôle.

Des Rwandais seraient présents sur les sites miniers

Amnesty indique avoir recueilli des témoignages concordants sur la présence de Rwandais à Rubaya et Lomera.

À Rubaya, certains seraient présentés comme des mineurs civils ou des gérants de puits, tout en prenant, selon les témoignages recueillis, part aux hostilités aux côtés du M23 lorsque cela serait nécessaire.

À Rubaya comme à Lomera, certains gardes auraient également été identifiés comme Rwandais et parleraient le kinyarwanda. Ils collaboreraient avec le M23 et seraient impliqués dans des violences contre des mineurs, selon les personnes interrogées.

Amnesty précise avoir sollicité le M23 et les autorités gouvernementales rwandaises pour obtenir leurs commentaires. L’organisation indique n’avoir reçu aucune réponse à ses demandes.

Une enquête menée auprès de 26 personnes

Pour réaliser cette recherche, Amnesty International indique avoir interrogé 26 personnes, parmi lesquelles des mineurs artisanaux, des spécialistes du secteur minier, des propriétaires de puits et des proches de victimes.

L’organisation affirme également avoir analysé des photos et des vidéos des sites miniers concernés.

Le M23 contrôlerait, selon Amnesty, des dizaines de mines artisanales au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où des dizaines de milliers de personnes dépendent de l’activité minière pour leurs revenus.

L’accès à ces sites serait étroitement surveillé et ne ferait pas l’objet, selon l’organisation, d’inspections internationales indépendantes.

Amnesty appelle les États et les entreprises à agir

Face à ces éléments, Amnesty International appelle les États et les entreprises à cesser d’acheter de l’or et du coltan au Rwanda, ainsi qu’auprès de transformateurs ou raffineries de pays tiers qui s’approvisionnent auprès de fournisseurs rwandais, tant que le Rwanda ne démontrera pas concrètement qu’il ne reçoit plus de minerais acheminés illégalement depuis la RDC.

L’organisation demande également aux autorités rwandaises de veiller à ce qu’aucun ressortissant rwandais, armé ou non, ne soit présent ou impliqué dans des violations des droits humains sur les sites de Rubaya et Lomera.

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Amnesty appelle par ailleurs les États-Unis et les États membres de l’Union européenne à ne conclure aucun accord minier concernant Rubaya ou d’autres mines contrôlées par le M23 tant que des observateurs internationaux des droits humains et des organisations indépendantes ne pourront pas accéder librement à ces sites.

L’organisation demande enfin à l’Union africaine et à ses États membres de renforcer leur réponse face au trafic des minerais et aux violations des droits humains qui l’accompagnent.

Les entreprises de la chaîne d’approvisionnement interpellées

Amnesty International interpelle également les entreprises qui achètent des minerais provenant du Rwanda.

Selon Agnès Callamard, les éléments recueillis doivent les conduire à examiner avec davantage d’attention l’origine des minerais qu’elles achètent.

« La brutalité des crimes exposés dans ce rapport doit alerter les entreprises qui achètent des minerais au Rwanda », affirme-t-elle, estimant que ces minerais sont probablement importés illégalement de RDC.

L’organisation rappelle que les responsabilités des entreprises en matière de droits humains peuvent concerner l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement, et pas uniquement les personnes directement présentes sur les sites d’extraction.

Amnesty estime ainsi que l’achat de minerais au Rwanda ou auprès de fonderies qui s’y approvisionnent pourrait contribuer aux atteintes aux droits humains documentées à Rubaya et Lomera, et évoque également la possibilité de poursuites pénales pour complicité de crimes de guerre dans certaines circonstances.

Au-delà des sites miniers concernés, Amnesty souligne enfin que la question dépasse les seuls acteurs locaux : selon l’organisation, des minerais issus de zones marquées par ces violations peuvent entrer dans des chaînes d’approvisionnement mondiales et se retrouver dans des produits électroniques utilisés par des millions de personnes.

Jean-Luc M.

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