La suspension temporaire des activités minières dans les territoires de Mwenga et Shabunda, au Sud-Kivu, suscite une vive inquiétude dans plusieurs agglomérations minières, particulièrement dans la ville de Kamituga où une grande partie de la population dépend directement de l’exploitation artisanale des minerais.
La décision, prise par le ministère des Mines pour une durée de trois mois, intervient dans le cadre d’une mission de contrôle annoncée par la Direction Générale des Mines afin d’enquêter sur plusieurs irrégularités signalées dans le secteur minier local.
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Selon l’arrêté ministériel rendu public le 22 mai 2026, cette mesure vise notamment à lutter contre l’exploitation illicite des minerais, la fraude minière et les activités jugées contraires aux normes de traçabilité et de transparence dans les territoires concernés.
À Kamituga, l’annonce provoque déjà des réactions d’inquiétude parmi les habitants, les négociants, les creuseurs artisanaux et les opérateurs économiques.
« Cette décision arrive comme un coup dur pour toute la population de Kamituga. Ici, presque chaque famille vit grâce aux minerais. Trois mois sans activité minière seront très difficiles à supporter », regrette un négociant rencontré au centre-ville.
Dans cette ville minière du territoire de Mwenga, plusieurs acteurs locaux estiment que près de 95 % de la population tire ses revenus directement ou indirectement des activités liées aux minerais.
Les commerçants, transporteurs, propriétaires de maisons de change, restaurateurs et autres petits opérateurs économiques craignent ainsi un ralentissement brutal de l’économie locale.
« Quand les minerais s’arrêtent, toute la ville s’arrête aussi. Les marchés deviennent vides, les recettes diminuent et les familles souffrent énormément », déplore un membre de la Société Civile locale.
Des observateurs redoutent également une montée du chômage et de l’insécurité dans certaines zones minières de Mwenga et Shabunda durant cette période de suspension.
Cette décision intervient dans un contexte où plusieurs organisations locales et acteurs communautaires dénoncent depuis des années l’exploitation illicite des minerais dans le Sud-Kivu.
Certaines voix estiment toutefois que les mesures prises devraient principalement viser les entreprises industrielles accusées d’exploiter illégalement les ressources minières sans bénéfices visibles pour les communautés locales.
Selon plusieurs habitants, certaines sociétés minières étrangères, notamment à capitaux chinois, sont régulièrement accusées de déforestation, de destruction des champs agricoles, de pollution des rivières, de profanation de tombes et de destruction d’étangs piscicoles dans plusieurs localités minières.
Malgré plusieurs marches de protestation organisées par les communautés locales ces dernières années, les populations affirment ne pas avoir obtenu de solutions concrètes.
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« Cette suspension devrait surtout concerner les entreprises qui exploitent illicitement les minerais sans respecter leurs cahiers de charges avec les communautés locales, et non les simples creuseurs artisanaux qui cherchent seulement à survivre », estime un habitant de Kamituga.
En attendant les conclusions des enquêtes annoncées par les autorités minières, plusieurs habitants espèrent que des mécanismes d’accompagnement seront mis en place afin d’éviter une aggravation de la précarité sociale dans cette partie du Sud-Kivu.
