Goma : l’exposition « Terres perdues, visages oubliés » remet les peuples autochtones au cœur du débat

Terres perdues ,Visage oubliés

À l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, célébrée chaque année le 9 août, La Prunelle RDC asbl et l’Action pour le Développement Socio-Économique des Populations Vulnérables (ADSEPV) ont organisé, ce vendredi 28 août 2026 à Goma, une exposition photographique intitulée « Terres perdues, visages oubliés ». À travers cette initiative, les organisateurs veulent rendre visibles les réalités, les droits, les cultures, mais aussi les difficultés auxquelles font face les peuples autochtones pygmées de l’Est de la République démocratique du Congo.

Organisée dans les bureaux de La Prunelle RDC asbl à Goma, cette activité a réuni des représentants des communautés autochtones, des membres de la société civile et d’autres acteurs intéressés par la promotion et la protection des droits de ces populations.

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L’exposition s’inscrit dans le cadre de la commémoration de la Journée internationale des peuples autochtones. Elle intervient après une première étape organisée à Bukavu, le 26 août dernier.

À travers une série de photographies et de témoignages, les organisateurs ont voulu attirer l’attention du public sur une double réalité vécue par de nombreuses communautés autochtones : la perte progressive de leurs terres ancestrales et leur invisibilisation dans la société et dans les politiques publiques.

Le thème « Terres perdues, visages oubliés » traduit ainsi, selon les organisateurs, les conséquences de la dépossession des espaces traditionnels, des conflits armés, de la pression foncière, de l’exploitation des ressources naturelles et de la création de certaines aires protégées sur la vie des communautés autochtones.

Une journée pour rendre visibles des réalités souvent ignorées

Dans son intervention, la coordinatrice de La Prunelle RDC asbl, Martine Iwanzo, est revenue sur l’importance de cette initiative et de la Journée internationale des peuples autochtones.

Selon elle, cette commémoration constitue une occasion de reconnaître et de valoriser la richesse des cultures, des langues, des traditions et des savoirs ancestraux des peuples autochtones, tout en rappelant la nécessité de garantir leurs droits fondamentaux.

« Nous voulons leur rappeler qu’ils doivent être fiers de leur tradition et qu’ils ont droit à la dignité, à la santé et à une vie comme tout le monde », a-t-elle expliqué.

Elle a insisté sur la nécessité d’une plus grande inclusion des peuples autochtones dans les initiatives et programmes qui concernent la société, appelant également les autres communautés à mettre fin aux différentes pratiques discriminatoires.

Pour Martine Iwanzo, l’exposition photographique constitue également un moyen de sensibiliser le public aux conditions de vie de ces communautés et de contribuer à changer le regard souvent porté sur elles.

« Un peuple comme tous les autres »

Présent à l’activité, Romain Semakuba, membre de l’Action pour le Développement Socio-Économique des Populations Vulnérables, ADSEPV, a appelé les peuples autochtones à ne pas se sous-estimer.

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« C’est un peuple comme tous les autres, avec les mêmes facultés et les mêmes capacités », a-t-il déclaré.

Il a estimé que les communautés autochtones doivent être davantage impliquées dans les instances et processus de prise de décision.

Romain Semakuba a également invité les organisations de la société civile et les différentes structures à se rapprocher davantage de ces populations afin de les accompagner face à leur vulnérabilité et de contribuer à leur autonomisation.

Aux autorités, il a demandé de renforcer la collaboration avec les organisations engagées dans la défense des droits des peuples autochtones, notamment pour assurer une meilleure vulgarisation des lois et des mécanismes destinés à leur protection.

Le témoignage d’une communauté fragilisée

La rencontre a également donné la parole aux membres des communautés autochtones.

Une participante a notamment évoqué les difficultés auxquelles sa communauté est confrontée, particulièrement en ce qui concerne l’accès aux ressources forestières qui constituent traditionnellement une importante source de subsistance.

Elle a expliqué que la réduction de l’accès à certains espaces et ressources de la forêt a davantage fragilisé les conditions de vie de nombreuses familles.

« Notre manière de vivre nous pousse parfois à nous sous-estimer. Nous vivions autrefois grâce aux ressources de la forêt, mais aujourd’hui, nous avons beaucoup de difficultés », a-t-elle témoigné.

La participante a également évoqué les difficultés rencontrées par certaines familles pour assurer la scolarisation de leurs enfants, dans un contexte marqué par la précarité économique et la marginalisation sociale.

Des communautés liées à leurs forêts ancestrales

En République démocratique du Congo, les peuples autochtones pygmées figurent parmi les populations les plus marginalisées.

Dans l’Est du pays, plusieurs communautés entretiennent historiquement une relation profonde avec les espaces forestiers, notamment autour du Parc national de Kahuzi-Biega, de la Réserve naturelle d’Itombwe et du Parc national des Virunga.

Pour ces communautés, la forêt ne représente pas seulement un espace géographique. Elle constitue traditionnellement un habitat, une source de nourriture, de médicaments, de spiritualité et un élément fondamental de leur identité culturelle.

Mais au fil des décennies, de nombreuses communautés ont été confrontées à la perte progressive de leurs espaces traditionnels.

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Les conflits armés, les déplacements forcés, la pression foncière, l’exploitation des ressources naturelles, la déforestation et les changements environnementaux ont profondément bouleversé leur mode de vie.

Cette situation a notamment entraîné la précarisation de nombreuses familles, la disparition progressive de certains moyens traditionnels de subsistance, des difficultés d’accès à la terre, à l’éducation, aux soins de santé et aux instances de décision.

Six regards sur la vie des peuples autochtones

L’exposition organisée à Goma a permis de présenter différentes facettes de la vie des peuples autochtones à travers plusieurs parcours photographiques.

Les images ont notamment mis en lumière les gardiens de la forêt, à travers les portraits des hommes, des femmes, des jeunes et des anciens détenteurs de savoirs traditionnels.

Elles ont également présenté une culture vivante, faite de chants, de danses, d’artisanat, de pratiques traditionnelles et de transmission des connaissances entre générations.

Un autre volet de l’exposition, intitulé « Notre forêt, notre maison », a illustré la relation particulière qui existe entre les peuples autochtones et leurs forêts ancestrales.

Les parcours « Terres perdues » et « Visages oubliés » ont, quant à eux, attiré l’attention sur les conséquences des expulsions, des conflits, des déplacements forcés, de la pauvreté et des discriminations, ainsi que sur les difficultés d’accès à l’éducation, aux soins de santé, à la justice et à la participation citoyenne.

Enfin, le parcours consacré à « Résilience et espoir » a permis de mettre en lumière les initiatives communautaires, l’autonomisation des femmes, les parcours de jeunes autochtones et les perspectives d’avenir portées par ces communautés.

Au-delà d’une exposition artistique

Pour La Prunelle RDC asbl et l’ADSEPV, cette initiative ne se limite pas à une exposition photographique.

Elle se veut également un espace de mémoire, d’éducation citoyenne, de dialogue interculturel et de plaidoyer en faveur de la reconnaissance et de la protection des droits des peuples autochtones.

À travers les photographies et les témoignages présentés, les organisateurs souhaitent interpeller les autorités publiques, les organisations de la société civile, les partenaires, les médias et le grand public afin que les peuples autochtones soient davantage pris en compte dans les politiques publiques et dans les décisions qui les concernent.

L’initiative entend également lutter contre les préjugés et les représentations réductrices dont ces communautés sont souvent victimes.

Les organisateurs insistent sur le fait que les personnes photographiées ne doivent pas être uniquement perçues comme des victimes, mais comme des femmes, des hommes, des jeunes et des anciens porteurs d’une histoire, d’une culture, de savoirs et d’une identité qui méritent d’être reconnus et respectés.

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Transformer les discours en actions

Au terme des échanges, les participants ont insisté sur la nécessité de transformer les discours sur l’inclusion en actions concrètes.

Ils ont notamment plaidé pour une meilleure reconnaissance des droits des peuples autochtones, la lutte contre toutes les formes de discrimination, une plus grande protection de leur patrimoine culturel et un meilleur accès à l’éducation, à la santé, à la justice et aux opportunités économiques.

Ils ont également souligné l’importance d’une participation effective des communautés autochtones aux décisions qui concernent leurs terres, leurs ressources et leur avenir.

À travers les étapes de Bukavu et de Goma, La Prunelle RDC asbl et l’Action pour le Développement Socio-Économique des Populations Vulnérables entendent ainsi contribuer à rendre visibles des histoires et des réalités encore trop souvent absentes du débat public.

« Terres perdues, visages oubliés » se veut finalement un appel à regarder autrement les peuples autochtones pygmées de l’Est de la RDC : non pas comme des communautés du passé, mais comme des citoyens à part entière, détenteurs de droits, d’une culture vivante et d’un patrimoine indispensable à l’avenir du pays.

Salomon Kwiraviwe

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